Drones pour la logistique
© Jean-Jacques CECILE, 23 juillet 2008
Tant en Afghanistan qu’en Irak, la menace représentée par les engins explosifs improvisés (IED pour improvised Explosive Device) a poussé les américains à déserter les voies terrestres pour faire transiter chaque fois que possible la logistique par les airs. Or, nombre de postes isolés occupés par les troupes de l’United States Marine Corps ne peuvent être ravitaillés que par des appareils à rotors basculants V-22 Osprey ou par des hélicoptères gros porteurs CH-53K Super Stallion. Souvent, ces coûteux appareils sont utilisés pour acheminer des charges relativement légères dépassant à peine les 200 kg, opération non rentable qui, pour si peu, met en péril les machines ainsi que leurs équipages. C’est pour cette raison que les ingénieurs du Marine Corps Warfighting Laboratory sont actuellement en train d’évaluer l’opportunité d’utiliser pour ce faire des drones spécialisés dans la logistique, le but étant de disposer à terme d’un engin à bas coût pouvant être considéré comme consommable. Une expérimentation est actuellement menée avec un hélicoptère léger Boeing MD-530F Little Bird transformé en engin inhabité suite à une sollicitation émise à destination des industriels en octobre 2006. Les caractéristiques requises pour le drone de logistique sont les suivantes : charge utile minimale de 90 kg, précision d’atterrissage de 200 mètres et distance franchissable pouvant atteindre 320 kilomètres. D’autres engins que le Little Bird devraient être testés en grandeur nature lors d’un exercice devant avoir lieu en septembre 2009. L’idée n’est pas nouvelle. Le drone Kamov Ka-137 à voilure tournante muni de deux rotors contrarotatifs a initialement été développé à partir de 1994 suite à un besoin ressenti par le ministère russe des situations d’urgence. Il se présente avant tout comme un engin cargo destiné à délivrer dans des zones difficiles d’accès un conteneur emportant 80 kg de charge utile constituée de médicaments, d’eau potable, de nourriture ainsi que de moyens de transmission radio. Rustique, il est doté d’un moteur à pistons, il a une masse au décollage de 280 kg ; le système MBVK-137 peut contrôler entre deux et cinq drones. Les forces spéciales américaines avaient quant à elles formulé le besoin de disposer d’un Wind Supported Aerial Delivery System (WSADS, système de livraison par air à portance aérologique) dont la mission initialement envisagée était le largage de tracts dans le cadre d’opérations psychologiques. Après plusieurs expérimentations, le Pentagone s’était finalement tourné vers la solution proposée par la société Mist Mobility Integrated Systems Technology Incorporated (MMIST), à savoir le SnowGoose (littéralement oie des neiges). Ce drone n’est en fait qu’un conteneur parallélépipédique muni d’un moteur à l’extrémité arrière, de patins d’atterrissage en dessous et des systèmes de contrôle de vol, le tout étant suspendu sous une voile de parachute rectangulaire à caissons procurant la portance indispensable. En août 2004, l’United States Special Operations Command a ainsi signé avec MMIST un contrat portant sur l’acquisition de 18 exemplaires du SnowGoose pour l’occasion référencé CQ-10A. L’engin peut emporter une charge utile pouvant atteindre 272 kg répartis dans six baies, grimpe jusqu’à une altitude de 5 500 mètres et a une autonomie de 20 heures ; ses évolutions sont préprogrammées mais le plan de vol peut être modifié par transmission satellitaire d’informations en cours d’accomplissement de mission. Versatile, il peut servir de relais de communications, de drone de surveillance ou livrer des charges logistiques avec une précision de 50 mètres. Sans doute doit-on s’attendre à ce qu’un dérivé du CQ-10A soit évalué en septembre 2009.
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