le 05/12/2009 à 05h54
Justice
Faux commandant de réserve : le revers de la médaille
Le faux commandant aux médailles usurpées interpellé lors de la cérémonie du 11 novembre à Mulhouse s’expliquait hier au tribunal correctionnel.
« Vous vous êtes moqué un peu de tout le monde », tance la présidente, Christine Schlumberger. Devant elle et ses assesseurs, hier, à la barre du tribunal correctionnel de Mulhouse, un homme de 54 ans répondait d’un délit peu courant : port illégal de costume, d’uniforme ou de décoration.
Le prévenu a été cueilli par les gendarmes à l’hôtel de Ville de Mulhouse pendant le verre de l’amitié qui prolongeait la cérémonie du 11 novembre dernier ( L’Alsace du 12 novembre). Comme il le faisait régulièrement dans d’autres cérémonies depuis le début de 2009, il paradait dans un uniforme de commandant de réserve, ce qu’il n’est nullement : son expérience militaire se limite à son service, en 1975-76, terminé avec le grade de caporal-chef, et un engagement dans l’armée de l’air entre 1981 et 1983. Plus tard, il retrouvera l’armée, mais avec un contrat de droit privé : il a été embauché comme serveur au foyer central des Forces françaises en Allemagne…
« Déshonorant pour ceux qui ont combattu »
En arrêt maladie depuis un accident en septembre 2008, le quinquagénaire — qui travaillait à Müllheim mais vit avec sa compagne dans la périphérie de Mulhouse — arborait aussi de multiples médailles militaires qu’il n’a jamais obtenues : médaille de la valeur militaire ; Croix du combattant ; médailles de l’Outre-Mer (Mauritanie, Tchad et Zaïre) ; médaille de la Défense nationale or ; mémoire de l’ex-Yougoslavie ; médaille de la Finul (la Force des Nations-unies au Liban), etc. Le prévenu argue bien qu’il aurait été dans certains pays qu’il invoque, mais, concède-t-il, jamais comme militaire : en… « touriste » ou, « à Split, en 1991, pour faire de l’humanitaire ».
Le faux commandant était parvenu à adhérer à l’Union nationale des parachutistes (UNP) de Mulhouse, en fournissant de faux renseignements, se prévalant notamment d’un brevet de parachutiste qu’il n’a jamais eu (donnant un numéro de brevet correspondant à un vrai titulaire). « Il y a une enquête en cours sur ce problème de faux document », signale la substitut Laetitia Manouvrier.
Pourquoi toutes ces impostures ? « Comme ça », se borne à répondre l’intéressé. Ou encore : « Je ne sais pas, je ne peux pas l’expliquer ». « Ce n’était pas pour frimer », assure-t-il quand même. Quant à l’UNP, il affirme avoir voulu « faire sa promotion »… La présidente juge ces explications bien courtes et souligne « l’émoi » causé dans la communauté des militaires et des anciens combattants. Le trésorier de l’UNP Mulhouse en a témoigné. « C’est aberrant, désolant, déshonorant pour ceux qui ont combattu et pour ceux qui ont reçu ces médailles parce qu’ils ont tout fait pour la patrie », souligne-t-il.
« S’il n’a pas été brave au champ d’honneur, il a été un brave type »
« La barbe ne fait pas le philosophe, l’habit ne fait pas le moine et l’uniforme ne fait pas forcément le combattant ou ancien combattant méritant », constate la représentante du parquet. Fustigeant l’ « imposteur », elle évoque un « trouble à l’ordre public » en relevant, elle aussi, l’atteinte portée aux anciens combattants. Elle requiert deux mois de prison avec sursis et une privation des droits civiques, civils et de famille pour cinq ans.
Côté défense, M e Jean-Louis Colomb parle d’un « passionné de la chose militaire » qui aurait ressenti, en fréquentant des officiers dans son métier de serveur, « une jalousie, une envie irrépressible » et qui a « essayé d’entrer dans cette peau pas faite pour lui ». L’avocat estime que « la grande muette » lui a « tendu la main » en ouvrant bien peu les yeux. Il s’étonne que son client ait pu se procurer aussi facilement costume et médailles chez un fournisseur strasbourgeois de l’armée.
L’avocat relativise les faits : « Certes, c’est très désagréable d’avoir un zozo qui se fait passer pour ce qu’il n’est pas, mais je ne pense pas que l’ordre public ait été troublé. Et s’il n’a pas été brave au champ d’honneur, il a été un brave type jusqu’à 2009 ».
Jugement : deux mois de prison avec sursis, sans privation de droits.
François Fuchs
Source: http://www.lalsace.fr
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