Publié sur le site www.laprovence.com le lundi 15 novembre 2010 à 16H26
François Coli et son ami Nungesser seraient les premiers à avoir traversé l'Atlantique Nord
L'avion de la tentative de traversée de l'Atlantique Nord avec en médaillon à gauche le Valenciennois Charles Nungesser (pilote) et à droite le Marseillais François Coli (navigateur)
Photo DR
Un scoop mondial qui va faire bouger l'histoire de l'aéronautique". C'est en ces termes que l'historien Bernard Decré qualifie sa découverte, il y a quelques semaines, dans les tiroirs poussiéreux du Nara (les archives nationales américaines), d'un télégramme expédié à son commandement par le capitaine d'un bateau des garde-côtes US. Télégramme daté du 18 août 1927 dans lequel cet officier dit se trouver à côté de deux ailes d'avion de couleur blanche flottant sur l'eau, situées l'une au-dessus de l'autre (donc très probablement reliées entre elles) et semblant provenir de l'avion que pilotaient les deux aviateurs français, Charles Nungesser et François Coli, lors de leur tentative de traversée de l'Atlantique Nord. Leur appareil baptisé l'Oiseau Blancétait effectivement un biplan immaculé.
Le télégramme comporte également une indication de latitude et de longitude que Bernard Decré préfère pour le moment ne pas rendre publique, mais qui, selon lui, correspond aux effets du courant du Labrador dans la période de mai à août 1927. Les ailes dérivaient à l'ouest de Sable Island, là où Bernard Decré et son équipe avaient mené des recherches sous-marines au printemps dernier, au cours d'une seconde campagne de fouilles et d'investigations à terre et sous la surface. Une troisième campagne est d'ores et déjà à l'étude afin de tenter une nouvelle fois de repérer l'épave, ou ce qu'il en reste.
Les deux aviateurs français s'étaient élancés le 8 mai 1927 de l'aéroport de Paris-Le Bourget, cap sur New York qu'ils devaient atteindre une trentaine d'heures plus tard, espérant ainsi réaliser la première liaison directe entre les deux villes et établir le record absolu de distance sans escale. Mais l'Oiseau Blanc et ses deux occupants avaient disparu, sans que personne ne sache ce qu'ils étaient devenus. Onze jours plus tard, l'Américain Charles Lindbergh réalisait la traversée dans le sens Ouest-Est, seul à bord de son petit monomoteur Spirit of Saint-Louis, et entrait dans la légende.
Bateaux US sur zone
Passionné par cette mystérieuse disparition, Bernard Decré avait décidé de reprendre toute l'enquête, il y a deux ans, ce qui l'avait conduit autour de Saint-Pierre et Miquelon; archipel près duquel Nungesser et Coli, il en est aujourd'hui certain, se sont abîmés en tentant d'amerrir. Outre ce télégramme providentiel, Bernard Decré dit avoir retrouvé la trace de trois autres bateaux des Coast GardUS présents sur zone dans les jours et les semaines qui ont suivi le crash, notamment l'un d'eux qui aurait remonté à son bord une aile d'avion. "Malheureusement,souligne le chercheur, il n'a pas été possible de mettre la main sur le livre de bord du navire. Et pour cause : il n'existe quasiment pas de traceécrite de ces événements car la consigne avait été donnée aux équipages de ne procéder que par ordres vocaux..."
Un télégramme qui va probablement conduire les historiens a réécrire cette page de la conquête de l'air. Avec des conséquences de part et d'autre de l'Atlantique dont Bernard Decré se dit conscient. "Nous avons adressé un courrier à la Fondation Lindbergh pour leur expliquer que nous n'avions absolument rien contre eux, bien au contraire.Lindbergh a réalisé un magnifique exploit qu'il n'est nullement question de remettre en cause. Les faits montrent que Nungesser et Coli ont traversé onze jours avant lui mais qu'ils n'ont pas survécu à leur raid audacieux, alors que Lindbergh a réussi à se poser sain et sauf à Paris. Une entente franco-américaine pourrait voir le jour afin de redonner aux deux Français la place qui leur revient dans cette belle aventure". Mais Bernard Decré ne cache pas sa déception en constatant que ni Charles Nungesser ni François Coli n'ont encore reçu en France l'hommage qu'ils méritent, notamment à Marseille où vivait François Coli...
Philippe GALLINI
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